Dr Jean Lafeuillade
Il me semble nécessaire de revenir sur un sujet souvent esquivé par la plupart de nos confrères homéopathes : celui de « l’énergie vitale » :
«Dans l’état de santé l’énergie vitale (souveraine) immatérielle – Dynamis – animant la partie matérielle du corps humain (organisme), règne de façon absolue » ( § 9, Organon).
Kent commente
ainsi que « Hahnemann
était un profond penseur et c’est par la réflexion et la méditation
qu’il arriva à l’idée formulée dans ce paragraphe, idée qui ne s’est
exprimée que dans le dernière édition allemande des son Organon, celle de
1842, publiée seulement en 1921 ».
L’étude de ce texte au sein de notre groupe( il y a 20 ans) , ne provoqua pas un grand enthousiasme, mais bien au contraire un certain embarras lié certainement à notre conformité mentale cartésienne.
Pour ma part, je ne pense pas que l’on puisse d’une part affirmer que Hahnemann fut l’inventeur de ce concept de la dynamique vitale, ni même de celui des « semblables ».
Cet article pose la problématique du rôle et de l’influence de l’ésotérisme dans la pensée d’Hahnemann, comme dans celle de ses contemporains. Cette question mérite d’être revue et approfondie, car nous savons bien qu’elle est une de celles qui ont divisé et continuent à diviser notre monde médical, une de celles qui soulèvent encore de fortes réactions épidermiques.
Si nous-mêmes avons été influencés par les expériences de Benveniste essayant de démontrer « scientifiquement » les propriétés des remèdes homéopathiques, nous l’avons été aussi, plus ou moins directement, par les différentes modes de la pensée moderne.
Si cette pensée moderne est encore toute imprégnée de cette vaste culture des philosophes et encyclopédistes du XIX°siècle, dans le domaine de la raison et de la logique, il ne faut pas oublier non plus que dans le même temps, de très remarquables avancées se firent jour dans le domaine de l’ésotérisme et de l’occultisme : progressions qui influençaient et influencent encore aujourd’hui de nombreux groupes de politiciens, chercheurs, artistes et artisans homéopathes.
Il est vraisemblable qu’ Hahnemann, préparé déjà par la philosophie et la culture grecque, fut en relation étroite avec des groupes ésotériques ou occultistes de son époque, mais il est bien connu qu’un initié, répondant à la règle, ne divulguait jamais ses sources.
Quelques précisions et rectifications devaient être préalablement explicitées sur un sujet dont le sens a été encore plus obscurci par l’usage public, qu’il ne l’est dans la réalité.
Dans le sens courant : « ésotérisme » est devenu la connotation de abscons, cabalistique, hermétique, obscur, secret, sibyllin.
« Aujourd’hui, l’archéologie apporte sans doute plus à l’histoire de l’ésotérisme qu’à celle de la philosophie et des religions,, parce que l’ésotérisme- contrairement à une idée reçue – s’intéresse au concret et à la concrétisation Il se veut réalisation spirituelle et structure matérielle »[2].
En science, le doute est la règle : on doit reproduire et contrôler, pour vérifier son hypothèse. En religion, il faut croire. En ésotérisme, la règle est « ora et labora » : la finalité est avant tout une réalisation.
« l’alchimiste ne vérifie pas si son plomb devient or ( ou accessoirement), il n’en fait pas d’avantage une question de foi, il transmue, il travaille, il réalise, se réalise : en quelque sorte il s’aurifie, il devient or, il se fait précieux, il se rend simple, il se fait brillant ».
Un sujet de controverse a souvent animé des discussions byzantines entre homéopathes : celui de la correcte orthographe dans la formule : « similia similibus curentur ou curantur ». Nous pensons que ce débat occulte- pour ainsi dire – le véritable fondement de l’Analogie- terme bien galvaudé par nos contemporains – et de la similitude qui en est sa contrepartie. Pour nous, ce n’est ni la personnalité – souvent exagérément glorifiée – de son fondateur, sa soi disant inventivité ou créativité dont il est question , mais bien plutôt du fondement réel et occulte du ce concept de « similitude ».
S’il est vrai que les critiques s’affrontent sur les influences, la diffusion conforme à certaines modes, les sources et l’historicité en tant qu’origine, la métaphysique et l’ésotérisme posent implicitement et explicitement cette unique vérité. Cette vérité repose sur une trinité de loi :d' Équilibre – Dynamique et Statique. Hahnemann fut certainement dans la droite ligne de l’ésotérisme traditionnel, ne fit que reprendre l’unité de langage symbolique des ésotéristes de tous les temps, en parlant de « similitude » et de tous les outils invariants de l’‘ésotérisme
« l’éso-métaphysicien ne pense pas comme un logicien. Il utilise surtout les analogies et s’appuie sur ses expériences spirituelles; il se sert d’une herméneutique complexe, de mantiques organisées. Cela ne signifie pas idéalisme, mais participation : l’ésotérisme est pensée, le monde est pensée »[3]
Elle va souvent de pair avec l’impersonnalité de l’auteur Les ésotéristes utilisent souvent la hiéronymie-(qui vient de soi-même), d’un autre, d’un songe ou d’une illumination), l’homonymie volontaire, la pseudépigraphie ou l’apocryphe sont relativement courantes.
Bien entendu on peut s’interroger sur ce qui se cache derrière cet anonymat qui cacherait un charlatanisme qui n’ose point se nommer ? dans cette hypothèse désobligeante qui consisterait à généraliser un transfert de l’ésotérisme à l’affabulation. Certes; de tels faits ont pu se produire chez les rationalistes, mais il faut admettre aussi l’idée que « le refus des normes historico-critiques revêt un sens[4] » : ce sens est celui de l’impersonnalité de l’auteur en réalisation de son anonymat ou en son devenir.
Ici le masque remplace la visage exotérique par le masque ésotérique , comme emblème de l’impersonnalité (dans les initiations, le théâtre grec, les danses sacrées), etc.
Il arrive souvent que le nom de l’auteur d’un livre ésotérique ne figure pas ou il est mentionné « apocryphe » ; ou encore la date elle-même n’a qu’une valeur symbolique. Cette impersonnalité tient essentiellement à cette propriété de « l’anonymat traditionnel[5] »
"Pour bien comprendre ceci, il faut faire appel aux principes doctrinaux qui sont communs à toutes les traditions: l'être qui a atteint un état supra-individuel est, par là même, dégagé de toutes les conditions limitatives de l'individualité, c'est- à-dire qu'il est au delà des déterminations de « nom et forme ». (nâma-rûpa) qui constituent l'essence et la substance de cette individualité comme telle; il est donc véritablement « anonyme », parce que, en lui, le « moi» s'est effacé et a complètement disparu devant le « Soi».(R.Guénon)
Ce double sens de l’anonymat nous fait déboucher sur cette opposition apparente du « sacré » et du profane et de cet autre invariant de l’ésotérisme :
Existe-t-il une dichotomie « initié / profane » ? qui correspondrait à une bipolarisation du monde : intelligible et/ou sensible ? Comme le souligne justement Pierre Riffard :
« l’initié a bien pour ambition de supprimer les profanes, mais pour en faire des initiés ».L’ésotériste veut aussi être entendu. Il veut aussi être suivi. Tel est le pari de l’ésotérisme : traduire sans trahir, divulguer sans vulgariser, garder la lumière de la gnose et l’obscurité de l’hermétisme en même temps. »
Il semblerait que cette opposition reste avant tout une illusion comme tout ce qui présente un caractère « duel », en oubliant cette ouverture d’un quaternaire où seraient associés : l’intelligible, le sensible, [à la fois intelligible et sensible] et enfin, [ ni intelligible ni sensible],et en laissant à l’Upanishad de conclure :
« Et la connaissance est cachée
en chaque individu, tout comme dans le lait
le beurre que l'on ne peut voir
et c'est pourquoi l'adepte en lui doit opérer un barattage intérieur, constant, utilisant son propre esprit comme pilon à baratte »[6].
Cette divulgation est un des aspects contingents de l’ésotérisme et de la tradition orale :
« Néanthe , de son côté, dit que jusqu’à Philolaos et Empédocle , les pythagoriciens faisaient leurs entretiens en public, mais quand Empédocle eut vulgarisé leurs théories par ses vers, ils posèrent en règle formelle l’interdiction de divulguer la doctrine à aucun poète ( la même mésaventure est arrivé à Platon) ». Historiquement parlant, l’accusation contre Empédocle paraît peu fondée ; cela revient à l’accuser de plagiat, or Empédocle a une doctrine puissamment originale
Le subtil est dans la relation entre l’objet et le sujet, dans l’art de scruter, dans l’interaction entre les éléments. Empédocle, le père grec de l’homéopathie, parlait de sympathie et d’antipathie comme forces cosmiques d’attraction et de répulsion, transformant les relations et métamorphosant l’ensemble. A propos de la méthode diagnostic nous avions[7] avancé que :
« notre attitude mentale sans a priori, sans immobilisme, nous a souvent agréablement favorisé et confirmé que la prise de conscience de l'actualité et de l'ambiguïté des forces en présence suffisaient à nous mettre sur la bonne piste. Cette deuxième prise de conscience et cette évaluation du diagnostic positif et différentiel, reposent sur le principe du « bouchon de carafe ». Nous recevons tous une diffraction différente de la même lumière, de quelque endroit où nous nous situons et à n’importe quel moment de l’observation. Chaque point de vue, chaque angle de vision, est le reflet du même et unique déséquilibre de l'énergie vitale, et nous devons profiter de ce qui nous est ainsi exposé. En d’autres termes, la valorisation des signes ne peut être un a priori de localisation ou de hiérarchie préalable » .
Pour traduire encore cette notion d’ambiguïté (ou amphibologie) certains ont dit que le « subtil » n’était ni assez clair pour être remarqué ni assez transparent pour être insoupçonné, traduisant encore l’image de voile à travers lequel le scrutateur perçoit l’objet.
De telles notions ont été bien enseignées par le fondateur de l’Art de guérir : ainsi parle-t-il des symptômes voilés, latents ( §216 Organon)
Il ne pourrait y avoir de sciences occultes ni d’ésotérisme sans cet outil capital qu’est l’analogie. Son sens premier ( Àναλόγός ) est littéralement : rapport proportionnel mathématique ou géométrique. Son symbole est l’image de l’arbre, avec ses branches célestes et ses racines terrestres. En Indes, les diamants octaédriques blancs sont dédiés à Indra le dieu des orages, de la foudre et des éclairs, et le diamant noir à Yama, le dieu des morts. Version voisine et plus explicite : En sanskrit le mot «Ratna» le Joyau suprême de la Connaissance, désigne à la fois
· le sceptre de foudre du dieu céleste « Jupiter », le « diamant » : le « Vajra » : diamant impérissable, incorruptible, mais aussi la Foudre, le Feu éclair d’Amour vie immortelle. diamant impérissable, incorruptible, et aussi la Foudre, le Feu éclair d’Amour-Vie-Immortelle ;
· et le « Cakra », le cercle ou la roue des vies et des renaissances qui est animée par les trois poisons de l’esprit ( l’avidité, la haine et la démence[8]) et que dévore Yama.( cf. représentation des tankas tibétains).
En Grèce, Indra devient Zeus ou Jupiter (Zeus pater), le dieu de l’Espace, qui tient dans sa main, le sceptre de foudre, et Yama, devient Chronos, le dieu du Temps qui dévore les jours et les nuits ; et qui a fournit à la mythologie tous les contes de l’Ogre (Orcus en latin) et du dévorateur.
Sans cette armure adamantine, l’ésotérisme ne pourrait seulement être conçu.
Chez les ésotéristes avec Platon, qui déclare : « des liens, le plus beau est celui qui à soi-même et aux termes qu’il relie, impose la plus complète unité, c’est ce , par nature, la proportion (Αναλόγια) accomplit de façon parfaite ».
Dans
la médecine Empédocléenne(472 av.JC) (homéopathie) : le fondateur développe
le principe que le semblable va vers le semblable ( analogie gnoséologique)..
Il explique le monde par deux forces : l’Amour qui rassemble et
multiplie en un, la haine qui disperse l’un en multiple ( voir schéma ci
contre)
- à la Renaissance :la doctrine des analogies portent sur les correspondances : sympathies, antipathies et forces occultes ( médecine homéopathique de Paracelse )
avec Swedenborg qui a popularisé l’idée de correspondances, en donnant une assise spirituelle en liant le spirituel et le naturel ; mais sans oublier que ces mêmes correspondances peuvent coexister à l’intérieur de ces mondes. .
Chez les chinois : les dix troncs célestes et les douze rameaux terrestres ; correspondances entre organes trésors (psychiques) organes physiques, entrailles, saveurs, couleurs, éléments, orients, etc.(voir tableau sur les correspondances)
Chez Hahnemann , le fondement même de l’art de guérir ( Organon ) se fonde sur l’analogie gnoséologique d’Empédocle (voir plus loin article sur ce fondateur de la 2°école de médecine occulte grecque empirique).Cette analogie est explicitée dans les §;46,61,68,155 de l’Organon:
§46 :exemples de guérison de deux maladies naturelles( présentant des symptômes semblables). l’une par l’autre,
§61 « la nature seule, n’a jamais accompli de guérison rapide et complète ( §46) qu’au moyen d’une maladie semblable intervenant au cours de l’ancienne.
§68 –« le processus de guérison s’opère grâce à l’ analogie des symptômes de maladies naturelles avec celle des médicaments, c’est-à-dire des maladies provoquées artificiellement par l’expérimentation.
§155 « tout se passe comme si les symptômes morbides( plus faibles) de l’organisme vivant subissaient une sorte de commutation, un transfert, par l’heureuse rencontre de leur analogie avec les symptômes médicamenteux.
Elle suppose une réciprocité : « l’homme est comme le monde, le monde est comme l’homme. ». Chez les ésotéristes, on soutient que la partie vaut le tout. Dans les arts occultes, on soutient que tout le corps se résume dans la main, ou dans l’œil ( iridologie), dans la cartographie plantaire, ou auriculaire du corps et des organes ( auriculo-médecine de Nogier)- dans la médecine Ayur-védique, tibétaine l’analogie des organes s’observe au niveau de la langue. Toutes ces analogies s’appuient sur la correspondance analogique de l’homme microcosme et du monde macrocosme.
Tableau des correspondances de la
cosmogonie chinoise
|
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Élément |
BOIS |
FEU |
TERRE |
METAL |
EAU |
|
Pts.cardinaux |
EST |
SUD |
CENTRE |
OUEST |
NORD |
|
Hrs du jour |
Aube |
Matinée |
midi |
Soirée |
Nuit |
|
Saison |
Printemps |
Eté |
6°mois |
Automne |
Hiver |
|
Météore |
Vent |
Chaleur |
Humidité |
Sécheresse |
Froid |
|
Action |
Procréation |
Croissance |
Maturation |
rétraction |
Retraite |
|
Odeurs |
Rance |
Roussi |
Parfumé |
Viande |
Putréfié |
|
Viscère |
Foie |
Cœur |
Rate |
Poumon |
Rein |
|
Orifice |
Œil |
Oreille |
Bouche |
Nez |
2 orifices périnéaux |
|
Localisation du Qi |
Méridiens |
Liaisons |
Chair |
Peau |
Os |
Principe de composition : chaque chose constitue un tout, lequel comprend des parties et est compris dans un tout plus vaste dont il constitue une de ses parties : l’œil, la langue, le pied ou toutes parties, sont les miroirs du corps.
L’expression analogie inverse serait un pléonasme, puisque « l’analogia » suppose un rapport proportionnel inverse entre deux termes : la réciprocité atteint donc ici l’inversion : comme le sceau de Salomon, l’arbre Vajra (décrit précédemment), ou l’image du Yin/Yang.
Dans le §5(livre II°du Nei Jing Su Wen : « Le ciel est une accumulation de Yang ; la terre une accumulation de Yin. Le froid à son comble engendre le chaud, le chaud à son comble engendre le froid ».
Célèbres sont les sentences et formules de l’analogie « inverse » : « Nous sommes une plante, non point terrestre, mais céleste» (Platon, Timée, 90 a), « Les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers » (Matthieu, XX, 16). Pour Platon , l'homme est une plante, mais inversée, dont les racines sont au ciel, pas en terre; pour Jésus, le premier n'est pas le dernier, mais le premier dans le monde matériel est le dernier dans le monde spirituel, etc.
Chez Hahnemann, ces procédés d’analogie inverse se rapportent à divers paragraphes /56/69, 225
§-61,-« ils (les médecins) se seraient rendu compte que le procédé inverse (au traitement symptomatique, parcellaire et « énantiopathique [9] ») c’est-à-dire l’application homéopathique des remèdes d’après l’analogie de l’ensemble des symptômes, doit nécessairement produire une guérison parfaite et persistante, pourvu qu’on ait soin, de substituer aux doses massives dont ils font usage, les doses les plus minimes qu’il soit possible d’employer ».
- Tous les divers moyens d'application du magnétisme
qui reposent sur un influx de force active d'une plus ou moins grande quantité
de fluide vital qui pénètre et se répand dans l'organisme malade, sont pour
cela appelés: magnétisme
positif (a).
Mais il en existe un autre qui mérite le nom de magnétisme négatif, puisqu'il agit en sens inverse. C'est de celui-ci , qu'il est question dans les passes usitées pour réveiller les somnambules, ainsi que dans toutes les pratiques manuelles désignées par les mots « calmer» (imposition des mains) et « ventiler» (répartition du fluide).
La manière la plus simple et la plus sûre de décharger par le magnétisme négatif l'énergie vitale en sursaturation dans une partie du corps d'un sujet, s'il n'est pas trop affaibli, consiste à mouvoir rapidement la paume de la main droite ouverte, en suivant à quelques centimètres près la forme du corps depuis le sommet de la tête jusqu'au delà du bout des pieds (b). Plus cette passe est rapidement exécutée, plus forte est la décharge obtenue. Ainsi, par exemple, on a pu très rapidement rappeler à la vie une femme alors en bonne santé (c) qui, à la suite d'un violent choc psychique ayant supprimé l'arrivée des règles, tomba par une syncope en état de mort apparente. Grâce à une passe rapide de magnétisme négatif
Ces quelques paragraphes de l’Organon, confirment que la pensée d’Hahnemann fut abondamment nourrie et entretenue par les idées maîtresses de l’ésotérisme : « l’Analogie de proportionnalité, l’analogie inverse et l’analogie gnoséologique d’Empédocle .
Le système de « concordances » implique l’idée même de pérennité de la pensée humaine et la métaphysique comme véritable source immuable des principes universels.
Le triple joyau (le tri-ratna hindou) n’est autre que le Vajra ou symbole de l’Analogie que l’on retrouve dans toutes les formes traditionnelles : « la fonction de l’ésotérisme rend tous les ésotérismes semblables ».
Ces
concordances sont des « outils » destinés à relier, à joindre (
en latin religare) ; Leur finalité est de montrer l’interdépendance,
l’interrelation et l’insécabilité (élémentaire) de toute chose en ce
monde explicitant cette aphorisme : « un grain de poussière est
nécessaire à l’économie de l’Univers » ( Un et Totalité) ».
La similitude des homéopathes demande cependant à être réexaminée dans la distinction de ces diverses concordances.
Il s’agit de concordance entre des éléments d’un même ensemble : dans l’ensemble A les éléments(a-b-c-d) rouges-,jaunes,- bleus et verts s’équivalent abstraitement parlant. Ainsi, Evola [10], voit une même intention, à l’intérieur de la légende du Graal , dans les « généalogies des rois du Graal, de Lohengrin, d’Arthur , du Prêtre Jean, d’Hélias, etc. ».
Pour les homéopathes la distinction est beaucoup plus aisée à percevoir :
Il s’agit de considérer «qualitativement parlant » les concordances entre les «éléments symptomatiques » et les « éléments pathogénétiques » concernant un même ensemble « doléance ».
Ce sont des concordances que les ésotéristes perçoivent entre les éléments d’ensembles distincts. Un élément(a) d’un ensemble A serait identique ( dans l’idée) à un élément (A) d’un ensemble B.
Guénon soutient que la « Shékinah est en somme l’équivalent de la Shakti et il expose l’équivalence de la hache avec le Vajra[11] »( in l’Esotérisme de P.Riffard-op.cit.)
En homéopathie, l’homologie pourrait se situer au niveau de la théorie « miasmatique » qui implique une « concordance entre certains troubles miasmatiques( la Psore, la Sycose et la Lues) et ce que démontre la pathologie générale, la matière médicale et la clinique »[12]
D’une manière plus synthétique, nous dirions qu’il s’agit là d’une concordance homologue d’affinité dynamique (de la « vis medicatrix naturae »[13] ) entre différents remèdes homéopathiques ( dits « homéopsoriques, homéosycotiques, homéoluétiques ».
Dans le même esprit de concordance homologique, le Dr Sankaran étend cette concordance homologique miasmatique à d’autres altérations de la « vis medicatrix naturae » « comme la Typhoïde, la teigne, la malaria, le cancer, le tuberculinisme, la lèpre ou la syphilis » ( voire le SIDA) dont il retient les identités de profondeur et d’allure, les actions ( de succès et d’échec), les personnifications ( images) et les attitudes.
Pour les ésotéristes, un ensemble A peut avoir même
sens ( équivalence ) pour deux ou trois ensembles. Cette équivalence est
figurée par cette zone de frange verte entre les deux ensembles A et B (voir
figure 1 et 2)
« Aïvanhov [14] tenait pour équivalents les 3 courants occultes : alchimie, astrologie et magie, à ceci près que l’alchimie travaille sur la chaleur, l’astrologie sur la lumière et la magie sur le mouvement »(P.Riffard[15])
Sur la figure 2, nous avons reproduit la clef des spiritualistes[16], qui est un autre exemple de cette concordance des « équivalences » des 3 plans du microcosme humain
En homéopathie, Sankaran conceptualise une relation « d’équivalence sur les trois règnes : minéral, végétal et animal, à partir d’un dénominateur commun : la « Sensation » : dans l’ésotérisme hindou, la sensation est « védanâ » :
VEDANÂ, m skrt,
pâli,
Littér. « sensation» ou « sentiment ». Terme générique désignant tout ce qui relève de la sensation ou du sentiment. D'un point de vue qualitatif, ces impressions peuvent être divisées selon trois catégories (agréable, désagréable, neutre) ou cinq classes (agréable ou désagréable intellectuellement, agréable ou désagréable physiquement, indifférent). Du point de vue sensoriel, on distingue les sensations selon qu'elles sont déterminées par une impression visuelle, auditive, olfactive, gustative, tactile ou mentale. Vedanâ est le deuxième des cinq Skandha *, Dans la Chaîne de la production conditionnée (Pratîtya-;Samutpâda ), il constitue septième degré: déterminé lui-même par le contact « sparsha », il engendre à son tour le désir( Trishnâ) (dictionnaire de la sagesse orientale –Robert Laffont coll. bouquins )
Certes toutes ces « sensations » issues de l’étude des différents règnes ne représentent pour l’heure qu’une théorie d’équivalence, provenant de l’intuition de l’auteur et qui devra être confirmée ou infirmée par l’expérimentation hahnemannienne et par les applications cliniques
Il est certain, que ces dernières modalités de concordances deviennent de plus en plus aléatoires au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la stricte « similitude ». Toutes ces théories de base demandent à être réexaminée à la lumière du fondement véritable sur lequel elles reposent. Certaines d’entre elles, divulguées par les spiritistes réincarnationnistes[17] proposaient une concordance d’équivalence « égalitariste » issue des idées philosophiques° humanistes du XIX°siècle mais sans aucun fondement métaphysique.
« En effet, pour les socialistes qui l’inculquèrent à Allan Kardec , cette idée était essentiellement destinée à fournir un explication de l’inégalité des conditions sociales qui revêtait à leurs yeux un caractère particulièrement choquant ».Guénon -( l’Erreur spirite – p.200).
Nous connaissons évidemment la suite qui fut donnée à ces extravagances réincarnationnistes et qui furent le fondement de toutes les sectes que nous connaissons aujourd’hui..
Dans les sciences( gnose[18]) traditionnelles, le nombre possède une ambiguïté inaltérable : à la fois cardinale[19] et ordinale. C’est pourquoi on leur attribuait une qualité essentiellement « psychique ». cette distinction essentielle implique par conséquent une double fonction :
-de succession temporelle quantitative et de simultanéité spatiale qualitative dont la conjugaison (temporo-spatiale ) figure le mouvement du monde et la jonction du ciel et de la terre.
Les nombres ne sont plus alors des conventions arbitraires, mais des forces qui engendrent et structurent le monde de façon signifiante :
« Tout est nombre – le nombre est dans tout » ( Baudelaire, Fusées 1)
En médecine chinoise, le temps et l’espace ne sont jamais séparés et le calendrier céleste primordial[20] devient ainsi la clef de voûte de la « cosmogonie » chinoise :
H.D. : Le ciel dispose de 5 éléments qui gouvernent sur 5 « trônes » (points cardinaux) pour engendrer le froid, la chaleur, la sécheresse, l'humidité et le vent. L'homme dispose de 5 viscères pour l'élaboration des 5 Qi qui produisent la joie, la colère, le souci, la tristesse et la crainte. Le chapitre 9 a expliqué que leurs règnes se succèdent dans un circuit annuel qui recommence dès qu'il a pris fin.
L’homéopathie moderne ne dispose pas d’une telle cosmogonie basée sur la tétraktys[21] pythagoricienne, ou encore sur les 4 éléments de la médecine empédocléenne.
La méthode hahnemanienne s’est effectivement beaucoup plus investie dans une autre voie « qualitative » du nombre et de son aspect « indéfinitésimal » terme que nous préférons à celui d’ infinitésimal :
« La quatrième conséquence, est certes la plus
difficile à admettre pour nos détracteurs. Elle provient du fait que ce
passage de l’analyse quantitative à la synthèse, implique la finesse
d’observation[22]
de l’observateur thérapeute en passant au delà et en dehors du champ de la
pure discrimination logique. Et ceci est une manière de voir et de
penser inacceptable pour une médecine qui a tout investi sur un jugement
diagnostic et pronostic quantitatif « dénombré et chiffré »
applicable à tous les praticiens et à tous les patients »[23]
Dans sa géométrie projective, Cantor avait emprunté à Steiner [24] (1796-1863). le signifiant de « puissance » pour nommer son hypothèse de le puissance du continu. Il découlait de cette théorie que la partie peut être aussi grande que le tout, ce qui bousculait les certitudes fondées sur la perception. Or ceci n’est rien d’autre que cet aphorisme ésotériste qui soutenait que la partie valait le tout.
Il est vrai que cette clef d’une cosmogonie applicable aux organes psychiques du microcosme humain eût rendu de grands services à l’observation clinique en médecine quotidienne. Pour certains, elle ne fût pas nécessaire ; d’autres en trouvèrent confirmation ailleurs dans des médecines traditionnelles où cette cosmogonie était fort bien formulée, élaborée et confirmée par des siècles d’expérience.
En homéopathie, il n’existe pas d’initiation rituelle permettant de devenir "ésotériste" : comme l’initiation des adolescents dans la Grèce archaïque[25] ou celles de l’Hindouisme(upanayama), ou celles de sociétés secrètes, ou encore comme celles de
· la Franc-maçonnerie rectifiée : rite écossais rectifié ( R.E.R),
· Obédiences de la Rose-Croix,
· Sociétés et confréries des Kwakiutl (Canada) et de Ojibway (USA)
· Confréries soufies
· Institut pour le développement harmonieux de l’Homme ( Gurdjieff )
· Fraternité Blanche Universelle (F.B.U) d’Aïvanhov -1947
Nous connaissons bien entendu l’appartenance de
certains homéopathes à certaines de ces confréries : Hahnemann
dans l'ordre de la franc-maçonnerie, à la loge Sankt-.
Andreas zu den drei Seeblättern
à Hermanstadt, en Transylvanie, le. 16 octobre 1777.
Chez Kent : L’adhésion de Kent aux idées de Swedenborg [26] est si forte, tellement sous-tendue par son propre besoin mystique, que tout ramène Kent à la religion dans sa perception du monde et de la médecine ; et cela est maintes fois affirmé :
"La Psore est la conséquence du vouloir de l’homme, l’aboutissement ultime de son péché."
"Peut-on si l’on médite devenir athée ? Un homme qui ne peut croire en Dieu ne peut devenir un homéopathe".
"Vous ne pouvez faire divorcer la médecine et
la théologie. On rencontre l’homme tout
au long de la voie qui descend de
son plan spirituel le plus profond à son plan physique naturel le plus extérieur."
« C’est pourquoi nous sommes plus à l’aise avec Hering , qui fréquentait lui aussi l’église swedenborgienne[27], mais avec tellement plus de distance personnelle
"Alors qu’il existe une excellente raison qui puisse faire préférer aux swedenborgiens le traitement homéopathique, il n’en existe vraiment aucune pour laquelle tous les homéopathes devraient être swedenborgiens". Cette citation de Hering est rapportée par E. Van Galen.
.". « À la première lecture de ce passage (extrait de la conférence de matière médicale sur Aurum metallicum), la question qui se pose est la suivante : comment se fait-il que Kent ne se soit pas intéressé aux idées développées par le courant psychologique et psychanalytique de cette époque ? D’autant qu’il faut se souvenir qu’en été 1909, les universités de la côte Est des USA reçoivent avec tous les honneurs une délégation constituée de trois grandes personnalités venues de la vieille Europe : Sigmund Freud , Carl Gustav Jung et Sandor Ferenczi. Ce voyage implique que l’œuvre psychanalytique avait déjà aux USA un certain impact depuis plusieurs années... »
Il faudrait peut-être répliquer à ce commentaire que l’attitude anti-traditionnelle de la psychanalyse[28], par sa négation de toute possibilité d’ouverture à une supra-conscience humaine, se fermait les portes de tous les ésotéristes de l’époque.
Signalons cependant quelques détails sur Swedenborg :
Swedenborg fait partie de l’ésotérisme éclairé et de l’illuminisme (J.Böhme, Gitchel, Swedenborg, Martines de Pasqually (Martinisme).
Citons au passage ce témoignage de Swedenborg sur sa troisième illumination en 1745 :
« La nuit suivante, l'homme rayonnant de lumière m'apparut une seconde fois et me dit: « Je suis le Seigneur Dieu, créateur et rédempteur. Je t'ai élu pour interpréter aux hommes le sens intérieur des Saintes Écritures. Je : dicterai ce que tu devras écrire. »
Cette fois, je ne fus pas du tout effrayé. La vision dura environ un quart 'heure. Cette nuit même, les yeux de mon homme intérieur furent ouverts .ils furent propres à voir dans les cieux, dans le monde des esprits et dans les enfers ». (lettre de Swedenborg à Robasahm, trad.)
Mettons à l’actif de Swedenborg d’avoir versé à l’ésotérisme une diffusion populaire des « correspondances ». Cependant, ce qui nous semble beaucoup plus suspect dans l’illuminisme de Swedenborg , est cette négation de l’essentielle nécessité de l’anonymat ésotérique et cette confusion entre l’expérience personnelle de l’auteur et l’incontestable fonction de transmission de la véritable sagesse du Verbe, propre à l’ésotériste. Rappelons enfin, sans entrer dans le détail, que toutes ces pseudo-religions spiritistes et réincarnationnistes du XIX°siècle, se fondèrent toujours sur les mêmes subterfuges en utilisant de semblable manière, certains pouvoirs médiumniques personnels pour abuser et recruter des esprits sensibles et les convertir à leurs dogmes.
« Ce qui aggrave encore la difficulté, disait R.Guénon, c’est que. ceux qui ont la prétention d'être des guides spirituels, sans être aucunement qualifiés pour jouer ce rôle, n'ont probablement jamais été aussi nombreux que de nos jours; et le danger qui en résulte est d'autant plus grand que, en fait, ces gens ont généralement des facultés psychiques très puissantes et plus ou moins anormales, ce qui évidemment ne prouve rien au point de vue du développement spirituel et est même d'ordinaire un indice plutôt défavorable à cet égard, mais ce qui n'en est pas moins susceptible de faire illusion et d'en imposer à tous ceux qui sont insuffisamment avertis et qui, par suite, ne savent pas faire les distinctions essentielles »( initiation et réalisation spirituelle- R.Guénon- éditions traditionnelles )
Maintenant la question que nous pourrion nous poser est celle-ci :
Les grecs distinguaient déjà l’initiation par cérémonie en tant que rituel, et l’initiation en tant que métamorphose : en d’autres termes, il faut que l’exotérisme soit transformé dans une mesure correspondant au degré atteint par l’initié. C’est ce que l’on pourrait appeler le « stade opératif »
Dans nos sociétés homéopathiques, le collectif
semblerait jouer le rôle de Guru (guide spirituel), sans qu’il soit nécessaire
de recourir à l’affiliation de sociétés occultes :
« A cette question, on pourrait être tenté de répondre que c'est ici la collectivité elle-même constituée par l'ensemble, de l'organisation initiatique envisagée, qui joue le rôle de Guru; cette réponse serait en effet suggérée assez naturellement par la remarque que nous avons faite tout d'abord sur l'importance prépondérante qui est alors accordée au travail collectif; mais pourtant, sans qu'on puisse dire qu'elle soit entièrement fausse, elle est du moins tout à fait insuffisante. Il faut d'ailleurs .bien préciser que, quand nous parlons à cet égard le la collectivité, nous ne l'entendrons pas simplement comme la réunion des individus considérés dans leur seule modalité corporelle, ainsi qu'il pourrait en être s'il s'agissait d'un groupement profane quelconque; ce que nous avons surtout en vue, c'est l' entité psychique. collective, à laquelle certains ont donné fort improprement le nom d’égrégores »( ibid.- initiation et réalisation spirituelle)-
On pourrait dire à propos de l’homéopathie Hahnemannienne contemporaine, est avant tout une doctrine :cette dernière n’a pas le sens restrictif d’une conception, ni l’ inconsistance d’un courant ( que J.Baur comparait aux vagues de la mer ).Cette doctrine homéopathique constitue à n’en pas douter, une « forme historique ». Nous pourrions dire ainsi avec Pierre Riffard que la magie homéopathique est un « ésotérisme historique » qui possède un groupe d’idées (doctrine), des auteurs ( écoles), des connaissances ( enseignement), des techniques ( discipline) de structure ou de fonction ésotériques.
Cependant cette question de l’initiation et de l’« ésotérisme historique »soulève une autre interrogation qui lui est contingente : celle des :
Il s’agit là de questions fort intéressantes,
mais difficiles, car entravées par l’impersonnalité des auteurs, des œuvres
littéraires, de ce qui peut être la source en premier : « le
manifeste ». Ce dernier peut être un écrit, une parole, un
acte, une œuvre qui révèle ou lance un mouvement, comme le fut l’Organon
de
Hahnemann
,
qui suppose que cette magie homéopathique était méconnue dans le passé et
sera reconnu dans le futur.
L’Organon est ainsi une naissance qui fait
oublier certains devanciers comme Empédocle
, le
fondateur de la médecine homéopathique grecque 450 ans avant JC. Cependant,
les traces des précurseurs, dans le monde ésotérique, font partie
intégrante de cette vaste filiation spirituelle ésotérique. L’ésotérisme
n’est pas une doctrine, il est comme un souffle continu de la pensée
humaine, remontant à la nuit des temps.
« H. Corbin l, Suhrawardî fait remonter sa chaîne initiatique (silsila, en arabe) jusqu'à Adam, il la fait passer par Hermès (identifié à l'Idris coranique et à l'Énoch biblique); les chaînons sont tantôt mythiques (Hermès), tantôt légendaires (Empédocle), tantôt historiques (al-Hallâj). On voit bien que le philosophe vise à intégrer: «Nous avons ressuscité l'antique sagesse que n'ont jamais cessé de prendre pour pivot les imâms de l'Inde, de la Perse, de la Chaldée, de l'Égypte, ainsi que ceux des anciens Grecs jusqu'à Platon, et dont ils tirèrent leur propre philosophie[29].» Face à ces indications, l'historien crie à la récupération, et observe trois courants qui ont influencé Suhrawardî: le platonisme, le mazdéisme, le soufisme shî'ite. Quel schéma choisir? Notons que les listes de succession jouent un grand rôle dans l'ésotérisme: suite de prophètes, lignée de maîtres, etc. On sait l'importance de la généalogie de Jésus dans l'Évangile[30], de la succession des maîtres zen', de celle des imâms shî'ites[31], Souvent les successions relèvent plus de la fabulation que de l'histoire. Mais il y a mythe, non mystification. Un ésotérumène assez attachant est celui du personnage multiplié: les ésotéristes- parlent de plusieurs Zarathustra, de différents Hermès, de nombreux Bouddha. Au XX° siècle, Guénon parle de « trois Hermès, Fabre d’Olivet de trois Zararhustra »( Pierre Riffard – l’ésotérisme op.cit)..
Toutes ces remarques suggèrent deux choses contradictoires : un manque total de repères dans toutes ces filiations, dont les, éléments disparates s’apparentent plus à la symbolique qu’à la réalité historique,
On peut dire encore une fois que cette filiation« subtile » n’est ni assez claire pour être retenue, ni assez transparente pour être insoupçonnée, transcrivant une fois encore l’image de voile et aussi cependant cette extrême réalité vivante et pérenne, transmise de façon indiscutable à travers toutes les générations de l’humanité. On est tenté de reprendre cette phrase d’un traditionaliste comme Matgioi qui affirmait :
« Il n'y a pas besoin de religion pour relier l'homme au Ciel , la tradition y suffit: elle est le cordon métaphysique par quoi l'Humanité tient toujours à l'Essence; rien ne l'a rompu; rien ne l'a relâché; et cela sera ainsi tout le long du temps. Jamais l'Humanité n'aura fini de naître: et, si elle finit de naître, elle sera devenue, précisément alors, Celui qui l'aura engendrée. Voilà la pierre angulaire de la Tradition. »
Pour la plupart des traditionalistes cet Ésotérisme, qui n’est ni dévoilé, ni révélé par un dieu, ni décrété par les représentants de celui-ci ( absence de hiérarchie), demeure à n’en pas douter le cordon métaphysique qui relie l’homme à l’Essence suprême.
Si le manifeste de l’Organon fait apparaître l’homéopathie comme un « ésotérisme historique » (il est cité par P.Riffard dans l’anthologie de l’ésotérisme occidental), il ne faut pas oublier les précurseurs, même si les caprices de l’histoire firent avorter prématurément les premiers balbutiements de notre discipline.
Dans sa façon de se présenter, Empédocle(472 av.JC) - qui sera très souvent cité par les ésotéristes européens et arabes - montre certaines fonctions d’ ésotériste ou certaines disciplines de l'ésotérisme:
« Je vous salue! Quant à moi, je vais parmi vous comme un dieu immortel, non plus comme un mortel [...)
Je suis honoré; et ils me suivent par milliers, me demandant où se trouve la voie de la richesse;
:Certains désirent des oracles, d'autres veulent entendre la parole qui guérit, :car depuis longtemps, ils sont transpercés de cruelles douleurs[32]
nous pouvons ainsi traduire les fonctions d’Empédocle :
L’ésotériste Empédocle est mage, ( il donne la voie de la richesse) ; il est sibylle ( il énonce des oracles) ; il est thaumaturge ( il guérit par la parole).
Empédocle a intégré dans sa pensée les Mystères, Pythagore , Héraclite, il soutient ce principe que « le semblable va vers le semblable »[33]- ses idées seront ainsi le terreau de la magie de l’homéopathie.
-Bôlos de Mendès , explique l’idée des forces occultes par les antipathies et les sympathies, en s’inspirant d’Empédocle qui faisait de l’Amour et de la Haine des forces d’union ou de séparation cosmiques ( voir plus haut « l’analogie empédocléenne gnoséologique[34] ) faisant réflexion à la tradition hermetico-alchimique qui avançait l’hypothèse des sympathie et antipathies et des forces contraires rythmées : Empédocle fondait sa physique sur les 4 éléments : idée que les ésotéristes européens reprirent avec la clef universelle des 4 éléments .
Empédocle a défendu l’idée du « panpsychisme » : « toute chose a conscience et part à la pensée »(frg.B110) que les ésotéristes ont développé en s’efforçant de retrouver de l’esprit en chaque être.
bien connue de tous fut celle des asclêpieions, avec ses sanctuaires consacrés à Asclépios, dieu de la médecine. Les prêtres faisaient pratiquer les purifications, les jeûnes, les bains et les sacrifices. Les malades attendaient la guérison de l'incubation, c'est-à-dire qu'ils se couchaient dans des peaux de bêtes, s'endormaient dans un dortoir destiné à l'incubation (enkoimétérion) pour obtenir un songe ou bien la guérison miraculeuse.
La deuxième école d’Empédocle, « empirique »
Celui-ci était magicien, chaman, incantateur, et thaumaturge( faiseur de miracles).
Cette école « en fonction de son intérêt pour l'expérience, porte le nom de médecine empirique; elle prit naissance en Sicile sous l'impulsion d' Acron d'Agrigente , qui se recommandait de l’autorité d'Empédocle » (Pline , Histoire naturelle, XXIX, l, 5).
La santé est envisagée comme la résultante harmonieuse des quatre humeurs ( les quatre Eléments d’Empédocle ) et le principe thérapeutique est celui de l’homéopathie : « le semblable guérit le semblable »
Les pythagoriciens recommandaient la diététique, les incantations[35] , la musique pour l’âme et la purgation pour le corps.
L’école alchimique de Bôlos de Mendès ( Pseudo-Démocrite- 200-av.JC),
Avait recours aux herbes magiques et aux plantes planétaires ( liées à un astre) ( Pline XXXIII, 4,34)
Les fidèles venaient à Épidaure de partout dans le monde grec pour être guéris, un peu comme on fait des pèlerinages de nos jours à Lourdes ou à Lisieux ou la Salette. Ils y pratiquaient le rituel de l’incubation. Ce rituel consistait à dormir dans un temple pour recevoir en rêve des messages d’un dieu et pour recevoir des indications sur le remède à sa maladie, ou pour d’autres choses. Les prêtres médecins interprétaient ces rêves pour tenter de trouver l’origine de la maladie et d’en découvrir la cure. Les prêtres faisaient ensuite des prescriptions que les fidèles devaient suivre pour guérir.
Avant l’incubation, le fidèle devait se purifier durant trois jours. On procédait également à des sacrifices. On faisait un don d’argent et une offrande de trois gâteaux : un au succès, un autre à la Santé (Hygie, fille d’Asclépios ) et au Bon Ordre (Thémis). Le malade dormait dans une chambre attenante au sanctuaire en portant une couronne de laurier.
Dans les ruines du sanctuaire, les archéologues ont retrouvé des milliers d’ex-voto représentant des parties du corps. Ces ex-voto étaient offerts au dieu lors de guérison. Précisons enfin que l’animal sacrifié en l’honneur d’Asclépios était le coq. D’ailleurs, quand Socrate but la ciguë en 399, on rapporte qu’il aurait dit à ses disciples : « Je dois un coq à Asclépios! » en soulignant le fait qu’il mourait âgé, mais en santé et qu’il en remerciait le dieu.
Ces pratiques de thérapie sont-elles si éloignées de nos préoccupations contemporaines ? il semblerait au contraire que les techniques profanes de la psychanalyse ou de thérapies dites « parallèles » ne soient en définitive que les prolongements avoués ou peu avouables(pour certains) de ces pratiques occultes anciennes, comme le biofeedback[36],, L’hypnose Ericksonnienne[37], la narcoanalyse[38], voire même ces techniques de rebirth" renaissance "( des années 70): ce terme désignait une technique de revécus de naissance et de libération de mémoires en relation avec la naissance; cette technique ne se limitant pas à ces deux applications, [39] .La Grèce antique, dans ses pratiques occultes ne fut-elle pas en avance pour son époque en ce qui concernait les maladies psychiques ?
Dans le corybantisme il s'agit de guérir l'âme d'une folie furieuse,
« De la frayeur, voilà ce qui, je pense, caractérise l'état d'esprit dans un cas comme dans l'autre, et ce qui cause les frayeurs, c'est une manière d'être défectueuse de l'âme. Quand donc à de tels états psychiques on imprime de l'extérieur une secousse, le mouvement ainsi imprimé de l'extérieur surmonte le mouvement intérieur, d'effroi chez les uns, de délire chez les autres: une fois qu'il l'a surmonté, produisant l'apparition d'une paisible bonace à la suite des pénibles battements dont sursautait le cœur de chacun, aux enfants il fait obtenir le sommeil, résultat bienvenu; et, d'un autre côté, chez les Corybantes, sortant du sommeil où, avec le concours des Dieux auxquels ils offrent chacun un sacrifice propitiatoire, les avaient plongé leurs danses et l'action des flûtes, ce mouvement provoqué du dehors opère l’apparition d’une attitude mentale de bon sens à la place de dispositions délirantes ( Platon, Les lois, VII, 790d – 791a, trad. L.Robin) ...
nous pouvons laisser le soin au lecteur de concevoir ou d’imaginer toutes les techniques profanes de la psychiatrie moderne( psychodrame), voire également des procédés d’exorcismes thérapeutiques bouddhistes « Tovil » pratiqués à Ceylan[41].
Ce sens homéopathique est maintenu dans la Poétique : « en représentant la pitié et la frayeur (di'eleou kai phobou [δι ελεο και Φοβού]), la tragédie réalise une épuration (katharsin [καθαρσιν]) de ce genre de passions » (6, 1449b 27-28). Il s'agit d'une épuration du même par le même, ou plutôt par la représentation du même., le spectateur de tragédie a toute sa tête; il n'a pas besoin d'être guéri. D'où un second sens, en quelque sorte allopathique : les passions sont purifiées par le regard du spectateur qui assiste à la représentation, et cela dans la mesure où le poète lui donne à voir des objets eux-mêmes épurés, transformés par la mimêsis [μιμησις] : « Il faut agencer l'histoire de façon qu'en écoutant les choses arriver on frissonne et on soit pris de pitié […] ce que le poète doit procurer, c'est le plaisir qui par la représentation provient de la pitié et de la frayeur » (14, 1453b 4-13; cf. éd. R. Dupont-Roc et J. Lallot, ch. 6, n. 3, p. 190). L' épuration, c'est-à-dire la représentation d'épures au moyen d'une œuvre musicale ou poétique, substitue le plaisir à la peine. C'est au fond le plaisir qui purifie les passions, les allège, leur enlève leur caractère excessif et envahissant, les remet à leur place dans un point d'équilibre.
(Esquisses pyrrhoniennes, I, 206; cf. II, 188; cf. A.-J. Voelke, « Soigner par le logos »).